Perdre un enfant est une expérience dont on ne se remet jamais vraiment

 Nous n’avions que quelques jours pour garder d’elle un souvenir impérissable, il fallait donc en profiter au maximum.

Journal intime des parents - Perdre un enfant est une expérience dont on ne se remet jamais vraiment

PERDRE UN ENFANT EST UNE EXPÉRIENCE DONT ON NE SE REMET JAMAIS VRAIMENT. C’EST UNE ÉPREUVE QUI VOUS MARQUE POUR TOUJOURS.
RUTH, LONDON, ENGLAND.


Nous sommes partis en vacances en Inde peu de temps après avoir découvert que j’étais enceinte. Je viens d’une grande famille et aucune de mes amies n’a eu de problèmes durant une grossesse, alors je partais du principe que tout allait bien se passer. Mais à notre retour, lors de l’échographie du premier trimestre, le cœur du bébé ne battait plus.

Je n’avais jamais imaginé que je pourrais faire une fausse couche, c’était juste quelque chose qui n'arrivait qu'aux autres. Mais cela m'a fortement affectée. J’étais brisée. J’étais jalouse de toutes ces femmes enceintes au ventre arrondi, au point de ressentir de la haine envers elles même si elles ignoraient totalement qui j’étais.

est la chose la plus dure à entendre pour une mère. 
C’est devenu une véritable obsession. Face à cette épreuve, j’aspirais à retomber enceinte immédiatement. Et ça a marché! Alors enceinte de Salomé, l’échographie du premier trimestre de grossesse était bonne. J’avais le sentiment d’être guérie, d’être juste une femme enceinte normale. Cela ne fait pas oublier la fausse couche mais après l’échographie, je me suis enfin détendue, convaincue que tout se passerait bien. Le simple fait que, parfois, de bonnes échographies ne vous garantissent pas de rentrer à la maison avec un bébé ne m’a jamais effleuré l’esprit. C’est pourquoi lorsque je suis allée à l’hôpital après deux jours à trouver qu’elle ne bougeait pas beaucoup, je pensais que c’était par pure paranoïa. S'entendre dire « Désolée madame mais le cœur ne bat plus » est la chose la plus dure à entendre pour une mère.

J’ai accouché de Salomé le 27 novembre. C’était un samedi. J'ai téléphoné à Jeanne, notre sage-femme spécialisée dans le deuil néonatal, pour en parler au préalable car c’était son jour de congé. Son rôle était d’aider les familles à faire face à la mise au monde d’un enfant mort-né. Elle a vraiment été formidable, m’amenant à me concentrer sur la manière dont je voulais passer du temps avec ma petite fille avant d’avoir à lui dire au revoir. Avant cet entretien avec Jeanne, j’étais focalisée sur des choses pratiques comme l’autopsie, l’enterrement, les options dont nous disposions pour aller de l’avant. C’était peut-être ma façon d’éviter de faire face au chagrin. Je voulais avoir un plan, des échéances, des options. Jeanne m’a aidé à mettre tout cela de côté. Elle nous a expliqué avec douceur que nous devions uniquement penser à la manière dont nous voulions passer le temps qui nous était imparti avec notre petite fille. Tout le reste pouvait attendre. Nous n’avions que quelques jours pour garder d’elle un souvenir impérissable, il fallait donc en profiter au maximum. Elle avait tellement raison.

Quand je repense à l’accouchement, je n’ai aucun regret. L’équipe présente a traité Salomé comme si c’était une petite fille normale, nous disant combien elle était belle et à qui elle ressemblait. Nous avons passé le premier jour ensemble, avec seulement mon mari, ma sœur et moi-même. Nous l’avons lavée. Je n’avais pas réalisé combien ça serait dur, autant physiquement qu’émotionnellement, mais je suis si heureuse que nous l’ayons fait. Nous avons pris les empreintes de ses pieds et j’ai coupé une mèche de ses cheveux. Et surtout, nous lui avons parlé, tout simplement. Nous lui avons dit tout ce que nous aurions voulu pour elle et combien nous étions désolés de savoir qu’elle ne vivrait aucune de ces expériences.

Cela dit, j’avais aussi envie de la montrer. J’étais si fière d’elle. Mes parents, mes beaux-parents, mon frère et quelques-uns de nos amis les plus proches sont venus lui rendre visite le dimanche. C’était très important pour moi, je voulais qu’ils la connaissent pour qu’ils sachent qui elle était à chaque fois que nous ferions allusion à elle. La sage-femme qui s’occupait de nous s’est montrée pleine d’attention, à vrai dire, toute l’équipe était formidable. Une étudiante sage-femme était présente lorsque j’ai appris que Salomé était décédée, c’était son tout premier jour, et elle est venue nous rendre visite pendant sa pause-déjeuner le lendemain. Elle comprenait combien j’étais fière et voulait rencontrer Salomé comme il se devait.

L’enterrement a été un moment terriblement éprouvant. En général, lors d’un enterrement, quelqu’un se lève et dit quelque chose sur le défunt, sur sa vie mais Salomé n’avait vécu que dans mon ventre. J’en ai parlé au prêtre qui s’occupait de la messe et il m’a dit : « Rebecca, la personne qui la connaissait vraiment, c’est vous ». Alors j’ai pris un moment pour écrire ce que je voulais dire et les mots me sont venus très facilement. J’étais fière de partager les souvenirs que j’avais d’elle et je continue de l’être. Pendant un moment, j’ai tenu un journal où je lui écrivais et cela m’a aussi aidé.

Pendant les semaines qui suivirent l’accouchement, j’étais complètement bouleversée. Je passais de moments où je tenais bon à l’effondrement total, souvent sans raison apparente. Mon mari a alors appelé Jeanne pour lui dire qu’il s’inquiétait pour moi. Elle m’a orientée vers un conseiller et j’y suis allée plusieurs fois sans trouver que cela m’aidait beaucoup. J’avais ma propre méthode pour faire face à cette épreuve. J’avais besoin de comprendre, de m’organiser, de connaître les étapes suivantes, les options dont je disposais. Jeanne s’est montrée remarquable, m’aidant à définir un plan d’action. Nous avons toutes deux beaucoup appris et c’est aujourd’hui une très bonne amie. J’ai également rencontré des parents qui avaient perdu leur bébé par le biais des réseaux sociaux. Les témoignages d’amitié et les expériences partagées par ces parents se sont révélés très précieux, surtout lorsque nous avons décidé de tenter d’avoir un autre enfant.

Une telle expérience a un réel impact sur votre vie. Cela vous amène à vous rapprocher de certaines personnes et à vous détacher d’autres. C’est une épreuve qui vous marque pour toujours. Aujourd’hui, je suis une formation pour être sage-femme, j’ai un nouveau réseau d’amitiés incroyablement fortes et malgré trois autres fausses couches, j’ai la chance d’avoir deux beaux garçons qui m’ont aidé à réparer mon cœur brisé. C’est l’expérience la plus difficile qu’il m’a été donné de vivre. Je crois aussi que si la perte de Salomé ne m'a pas détruite, j’ai du mal à imaginer ce qui pourrait le faire.